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Architecture, contexte, automatisation : bien au-delà du prompt, exploitez tout le potentiel de l’IA
Ancienne salariée du secteur culturel, Sonia Bilon est passée à plusieurs reprises entre les murs d’ARTES pour participer à des formations. À son compte depuis septembre 2025, elle propose désormais des formations avancées sur l’automatisation de vos process avec l’intelligence artificielle. Son objectif ? Vous apprendre à paramétrer des agents autonomes et performants… Et les bonnes pratiques pour ne pas être dépassé. Nous l’avons rencontrée en ce mois d’avril.

Sonia, tu as un parcours assez atypique. Qu’est-ce qui t’a amenée vers la formation professionnelle ?
« C’est vraiment un concours de circonstances. Début 2025, j’ai fait un burnout. J’étais dans une entreprise aux projets géniaux, avec laquelle j’ai beaucoup voyagé. L’équipe était super, mais je n’ai pas tenu l’organisation ni le rythme éprouvant. J’ai mis six gros mois à me reconstruire après être partie. Mais cela faisait un petit moment que j’avais cette envie de me mettre à mon compte pour aider les structures culturelles.
En septembre dernier, j’ai entamé les démarches pour monter ma propre structure. Je me suis faite accompagner par une personne formidable, Magaly Garcia, qui m’a énormément aidée. Avec elle, j’ai mieux compris mon fonctionnement de « couteau suisse ». À côté de ça, j’étais attirée depuis longtemps par le conseil et la formation. J’adore apprendre aux autres de manière ludique, avec des cas pratiques très concrets… Mais aussi de l’auto-dérision. J’essaie d’apporter un contenu intéressant et vivant ».
Tu proposeras donc en juin ta première formation pour ARTES sur l’automatisation via l’Intelligence Artificielle. Comment es-tu tombée dedans ?
« Je me suis vraiment mise à l’IA en octobre dernier. Cela faisait deux bonnes années que je cherchais le temps de creuser le sujet, mais c’était impossible en raison de mon travail. J’avais suivi une formation Excel chez ARTES avec (Cyrille Bureau, le directeur d’ARTES) et j’avais pris plaisir à automatiser mes tableurs. J’ai toujours eu un côté « geek ». J’ai travaillé quelques années dans un cabinet de conseil en informatique à Paris, dont 70% de la clientèle étaient des entreprises du CAC 40. Un jour, j’ai fait une grosse bêtise : j’ai supprimé un dossier partagé par erreur. Comme punition, ils m’ont intégrée au service informatique. C’est là que j’ai mis la main dans le cambouis : infrastructure cloud, ERP, CRM… Ce qui m’a ouvert l’esprit sur ce genre d’outils ».
« Le sujet, aujourd'hui, ce n'est d’ailleurs même plus le prompt, c'est la contextualisation. On est passé à l'étape supérieure : l'architecture ».
Aujourd’hui, tu es pleinement spécialisée dans l’automatisation via l’IA…
« Oui, je suis tombée dans le « vortex » des LLM (Grands Modèles de Langage), et ça m’a tellement passionnée qu’en deux mois, j'ai dépassé des amis qui se servaient de l’IA depuis plus d’un an. Je suis allée très, très vite. Récemment, j’ai travaillé pour un gros prestataire mondial d’éditeurs de comics et de mangas. Leur administratrice gérait un fichier Excel magnifique, mais construit strate par strate depuis 25 ans, hyper lourd et avec très peu d’automatisation. Je devais initialement intervenir comme un simple soutien administratif, mais ma prestation a évolué en un accompagnement de 9 mois. Je me suis retrouvée à devoir tout déconstruire, rencontrer de plus en plus de services. Au final, on a revu tous les process commerciaux, de la prospection jusqu'à l'édition des paiements.
Aujourd'hui, avec l’IA je vais jusqu’à développer des logiciels : ce sont des Google Sheets reliés par des scripts. Pourtant, de base, je ne sais pas scripter ! Je ne parle personnellement pas le langage informatique, mais je fais discuter ChatGPT et Claude ensemble et j’arrive à obtenir un résultat de dingue ! Quand j’ai montré ça à Cyrille, il a halluciné. Et c’est là qu’on a décidé de lancer cette formation ».
Cette formation est beaucoup plus courte, on parle d’un module de deux jours. Qu’est-ce que tu comptes y apporter ?
« Je ne la conçois pas comme une simple formation IA. On n’est pas là pour apprendre à « bien prompter ». Le sujet, aujourd'hui, ce n'est d’ailleurs même plus le prompt, c'est la contextualisation. On est passé à l'étape supérieure : l'architecture. C’est-à-dire comment calibrer l’IA pour qu’elle travaille réellement pour moi ? Comment bien choisir ce que l’on va donner pour alimenter la machine ? Quelles données ? Quel ton lui demander d’utiliser ? Par exemple, je suis quelqu’un qui adore apprendre en m’amusant, donc je lui demande de me répondre avec 70 % de pédagogie, 20 % d’humour et 10 % militantisme. Plus tu discutes avec la machine, plus elle s’auto-améliore. Un des objectifs de la formation, c'est justement de créer un fichier de contexte que l’on va pouvoir déplacer d’une IA à une autre sans jamais perdre le fil.
Et enfin, on va apprendre à utiliser ces fameux « agents IA ». Ce sont des petits robots à qui tu donnes des droits. Tu peux leur dire de fouiller dans tes mails, regarder ton agenda, utiliser ta direction artistique en lui montrant le chemin pour la trouver... Personnellement, j’utilise des extensions où l’IA prend possession de Google Chrome pour naviguer sur les pages web à ma place. Les possibilités sont infinies ! Tu lui poses une question, elle envoie ses petits robots faire les opérations, elle digère le tout et elle te rend une synthèse ».
« Avec un assistant qui te connaît par cœur, ce qui te prenait deux jours d’analyse peut être fait en trois heures. »
Tout ça a l'air magique, mais on imagine que comme avec tout outil d’IA, il existe un revers à la médaille ?
« Oui, complètement, et il faut en être conscient ! Déjà, une telle utilisation de l’IA a un coût. Chaque mot et chaque action consomme des « tokens ». C’est le même principe que les Mobicarte à l’ancienne : plus ta conversation est longue, plus ça coûte. Et quand tu as consommé tes 10 euros de crédit, tu dois racheter une carte au bureau de tabac. Donc si tu ne cadres pas correctement les opérations, l’IA peut aller chercher des fichiers trop lourds et faire fondre ton enveloppe de 500 balles en un rien de temps. C’est quelque chose qu’il faut apprendre à gérer.
Et puis, il y a l’autre gros morceau qui concerne le RGPD. En Europe, on est super protégés, mais dès que l’on envoie des données aux États-Unis, c’est une autre histoire. Dans la formation, j’apprends à anonymiser au maximum et à calibrer des pares-feux pour que l’IA s’arrête d’elle-même si elle détecte une donnée sensible comme un RIB ou un numéro de sécurité sociale, par exemple.
Enfin, le point essentiel est qu’il faut rester le patron. Il y a une vidéo géniale du YouTubeur Micode qui explique qu’un de ses développeurs web a tout fait faire par l’IA pendant 4 mois. Résultat : au premier bug, il était incapable d’expliquer comment le site fonctionnait. Il avait perdu le fil. La conclusion de tout ça, c’est qu’il faut vérifier à chaque étape du processus et débuguer régulièrement. On ne laisse pas l’IA courir toute seule sans contrôle ! »
Dans quelle mesure estimes-tu que ces conseils puissent être profitables aux participants ?
« En paramétrant bien ces outils et avec une utilisation optimale, le gain de temps peut être colossal ! Avec un assistant qui te connaît par cœur, ce qui te prenait deux jours d’analyse peut être fait en trois heures. Maintenant, je ne fais pas non plus l’apologie de l’IA. Je comprends tout à fait les réfractaires, notamment d’un point de vue écologique. Par contre, je pense qu’il est nécessaire de se former afin de pouvoir dire non de manière critique. Pour dire qu’on est contre quelque chose, il faut savoir de quoi il s’agit. Se former, c’est avant tout une manière de se protéger ».
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